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Moïse Rahmani

Je suis aussi un réfugié

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Je suis aussi un réfugié

Le monde parle des réfugiés palestiniens et les plaint. Ceux-ci sont confinés dans des camps, souvent en butte à des brimades, à des vexations des pays hôtes : Liban, Syrie, Egypte, Jordanie. Citons l’exemple du Koweït qui a chassé, en 1991, au lendemain de la guerre du Golfe, tous ses habitants palestiniens.

Mais il existe des réfugiés sur le sort desquels personne ne s'est intéressé : les Juifs des pays arabes. Du Maroc au Yémen, près d'un million de Juifs ont été expulsés de leurs foyers. Cela a commencé en 1948, a continué en 1956, 1967 et 1973. Je fais partie de ceux de la deuxième vague.

Biens spoliés, confisqués, soumis à l'arbitraire, nous étions, je le répète, près d'un million et nul, sauf nos familles et Israël, ne s'est senti concerné par notre sort. Ni l'ONU, qui s'enflamme unilatéralement, ni l'Europe, partiale et donneuse de leçons, ni les médias si peu objectifs !

Les Arabes, il est vrai, ont du pétrole…

Je suis un réfugié des pays arabes et mon destin n'a ému personne. Israël, malgré ses difficultés, au lieu de les parquer dans des camps, a intégré un nombre important de ces déracinés et continue, chaque jour, à en absorber d'autres, dont près d'un million, en quelques années, de l'ancien bloc de l'Est.

La France, la Belgique, l’Italie, le Brésil, les USA, le Canada notamment furent terres d'accueil de certains, dont des Juifs d'origine égyptienne.

Mon histoire est banale. Je suis né égyptien en 1944. Mon père, né au Caire en 1911 était, comme son père, ottoman. L'Egypte n’existait pas alors officiellement en tant que nation. En 1922, lors du démembrement de l'Empire ottoman, Le Caire décréta une loi accordant la citoyenneté égyptienne à quiconque, né dans l'Empire, résidait en Egypte à cette date. Mon grand-père, natif de Damas, en bénéficia comme ses fils, nés au bord du Nil.

En 1948, imitant le régime nazi de Vichy, le gouvernement égyptien destitua par un arrêt scélérat, dans l'indifférence générale, tous les Juifs naturalisés égyptiens. Mon père devint à près de quarante ans apatride. Sa mère, originaire de Rhodes occupée jusqu’en 1946 par les Transalpins, était italienne. Après maintes et longues démarches nous avons obtenu cette nationalité.

Je n'ai pas souvenance d'une aide internationale quelconque, financière ou morale. Je n'ai pas le souvenir de protestations, même du bout des lèvres, d'une Europe si prompte aujourd’hui à s'émouvoir, ou de l'ONU, ce « grand machin » comme disait de Gaulle. De personne. Nous n'avons été aidés que par les communautés juives dans les pays d'accueil et par Israël pour ceux qui s'y rendirent.

Je plains les Palestiniens qui, contrairement au vœu d'Israël de les voir rester, ont quitté leur terre. Forcés par une propagande arabe et par peur d'être pris entre deux feux, ils se sont repliés au Liban, en Syrie, en Egypte, en Jordanie. Ces états arabes n'auraient-ils pas pu les intégrer au lieu d'en faire des ferments de haine ?

Je suis aussi un réfugié ; notre maison a été prise, les fruits du labeur de ma famille volés, nos tombes violées, nos lieux de cultes vandalisés, ma collection de timbres-poste arrachée. Mais j'ai tourné la page, il le faut bien et n'ai conservé ni haine ni amertume contre ceux qui m'ont fait partir.

Je suis aussi un réfugié mais je n'ai pas enseigné à mes enfants à lancer de bombes, à jeter de cocktails Molotov ou des pierres.

Million de Juifs vivant dans les pays arabes, ces "paradis" sur terre, il ne reste maintenant sur place que cinq mille, en butte à l'arbitraire, souvent tolérés et méprisés.

Moïse Rahmani

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