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Moïse Rahmani

Le patrimoine confisqué 1°. Introduction (par Itamar Levin)

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LE PATRIMOINE CONFISQUE :
Le sort des biens juifs dans les pays arabes

Itamar Levin

INTRODUCTION

La politique arabe à l’égard des Juifs vivant en terre arabe a toujours été marquée par deux facteurs : l’antisémitisme et le pragmatisme. Bernard Lewis, orientaliste de renom, a consacré tout un ouvrage - Semites and Anti-Semites - à la réfutation d’un argument répandu mais fallacieux, à savoir que les Arabes ne sont pas antisémites et ne peuvent pas l’être, en raison de leur propre origine sémite. Le terme d’ « antisémite » a un sens très clair: il désigne celui qui hait les Juifs parce qu’ils sont Juifs, et qui peut même étayer ses préjugés par des thèses soi-disant objectives et scientifiques. N’importe qui peut donc être antisémite, indépendamment de son origine, et dans les pays arabes, nombre des manifestations classiques de l’antisémitisme sont à l’œuvre depuis des décennies - négation de l’Holocauste, large diffusion des Protocoles des Sages de Sion, dessins humoristiques et caricatures que n’aurait pas renié la presse nazie, et plus encore. En Egypte aujourd’hui, vingt et un ans après la signature du traité de paix entre Israël et l’Egypte, il est encore possible de se procurer gratuitement de nombreuses publications antisémites, et la presse, qui est dans l’ensemble étroitement contrôlée par le gouvernement, décrit les sionistes comme « des héritiers du nazisme ».

A la différence de l’antisémitisme, le pragmatisme qui a également contribué à façonner l’attitude arabe vis-à-vis des Juifs vivant en pays arabe est, de fait, lié au conflit israélo-arabe. Les différents régimes en place dans les pays arabes n’ont cessé de persécuter les Juifs depuis la résolution des Nations Unies de novembre 1947 qui a divisé Eretz Israel, et cette répression s’est globalement intensifiée en proportion directe des regains de tension enregistrés à la frontière entre tel et tel pays arabe et Israël. Les défaites essuyées par les Arabes durant leurs guerres contre Israël se sont invariablement traduites par une aggravation des conditions réservées aux Juifs résidant dans ces pays, aggravation qui avait essentiellement pour but de soulager les frustrations des masses comme de leurs dirigeants. Les restrictions à l’émigration juive en général, et vers Israël en particulier, apparaissaient comme un moyen d’empêcher Israël d’accroître sa population.

Dès lors, comment expliquer que les Etats arabes aient fini par autoriser leurs ressortissants juifs à émigrer - certains directement en Israël et d’autres vers des destinations provisoires à partir desquelles ils ont ensuite pu gagner Israël? Dans certains cas, les autorités ont jugé que les risques potentiels liés à l’intensification de l’aliyah étaient moindres que ceux associés au maintien continu, dans un pays donné, d’une minorité dont la loyauté était « discutable ». Dans d’autres cas, les pays arabes ont cédé à la pression internationale. Dans d’autres cas encore, des mesures d’expulsion ont été appliquées en représailles à des événements auxquels les Juifs des pays arabes étaient totalement étrangers. Et dans certains cas enfin, les dirigeants arabes ont espéré que l’immigration en Israël affaiblirait l’Etat israélien, présumé incapable d’absorber un tel afflux de population.

Ces situations diverses ont eu un point commun : les Juifs n’étaient autorisés à emporter avec eux qu’un peu d’argent en liquide, quelques effets personnels et une quantité limitée de bijoux. L’antisémitisme est à l’origine de la volonté de rendre la vie aussi difficile que possible aux Juifs candidats à l’émigration, à quoi s’ajoutait la crainte qu’Israël puisse tirer un quelconque bénéfice ou avantage des biens des immigrants, si ceux-ci avaient été autorisés à les emporter avec eux. Un autre facteur a aussi joué un rôle significatif dans la décision de limiter les biens que les Juifs étaient autorisés à emporter, à savoir la volonté des dirigeants de ces pays arabes de s’enrichir personnellement et de remplir les coffres de l’Etat avec les avoirs juifs abandonnés.

L’empêchement fait aux émigrants d’emporter leurs biens était une violation des principes les plus élémentaires de la justice humaine, qui garantit à chaque individu le droit de conserver pour lui-même le fruit licite de son labeur. Les Etats arabes pourraient arguer du fait qu’ils ont agi en toute légalité dans la mesure où ils ont exproprié ou gelé les avoirs de leurs ressortissants - droit reconnu à l’autorité souveraine en droit international. Mais cet argument n’est pas recevable. Des avis juridiques récemment rendus dans le cadre d’un procès new-yorkais concernant les biens d’une famille juive en Egypte établissent sans équivoque possible que les relations entre les Juifs de ce pays et le gouvernement étaient des rapports de persécution fondée sur des motifs de race et de religion. De telles formes de discrimination sont interdites en droit international, en vertu d’un ensemble de traités et de conventions reconnus par tous les pays civilisés, et les expropriations prononcées dans ce contexte ne peuvent donc trouver de justification en droit international.

En Irak et en Syrie - deux autres pays qui seront abordés ultérieurement - les mesures prises pour dépouiller les Juifs de leurs biens sont plus criantes encore, et ne laissent aucun doute quant à leur totale illégalité. En 1987, Arthur Goldberg, ancien juge de la Cour Suprême des Etats-Unis, aujourd’hui décédé, est parvenu à une conclusion similaire en statuant, à l’issue des auditions d’une longue file de témoins convoqués dans le cadre d’un procès public fictif, que sans exception aucune, les mesures prises à l’encontre des propriétaires de biens juifs dans les pays arabes constituaient une violation du droit international.

Autre argument que pourraient invoquer ces Etats: les dispositions prises à l’encontre des citoyens juifs et plus particulièrement, les mesures visant leurs biens, l’ont été en représailles aux actions menées par Israël à l’encontre des Arabes palestiniens, en particulier l’expropriation et pour finir la nationalisation des terres appartenant à des réfugiés arabes. Mais cet argument ne repose sur aucune vérité historique, pour la simple raison que les pays arabes ont menacé d’expulser les Juifs de leur territoire bien avant qu’un seul réfugié arabe n’ait quitté la Palestine. De plus, la question des réfugiés arabes palestiniens est le résultat avant tout des offensives militaires lancées par les pays arabes pour écraser le nouvel Etat d’Israël. A quelques notables exceptions près, les dirigeants juifs ont généralement appelé les résidents arabes des territoires sous contrôle israélien à demeurer dans leurs foyers.

A l’inverse, les Juifs des pays arabes ont été contraints à l’émigration par une politique de persécution systématique; ils ont même parfois été purement et simplement expulsés de leur pays d’origine. Le traitement réservé aux biens juifs ne répond par conséquent à aucune justification légale, morale ou politique, il n’a d’autre motif qu’un sentiment de haine d’un côté, et de l’autre, une soif de profit - politique et matériel. Ce sont là les véritables raisons de la persécution des Juifs dans les pays arabes, de leur expulsion et pour finir du vol de leurs biens.

Source : Congrès Juif Mondial et Congrès Juif Européen

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