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Moïse Rahmani

le patrimoine confisqué 4 : la Syrie (par Itamar Levin)

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LA SYRIE

Les Juifs de Syrie au moment de la création de l’Etat d’Israël

En 1943, la Syrie a procédé à un recensement de population qui a permis de dénombrer 13 000 Juifs à Damas, 17 000 à Alep et 1 500 à 2 000 dans la ville de Kamechliye, à la frontière syro-turque. A l’époque, 5% seulement des Juifs de Damas étaient considérés comme riches, 15% appartenaient à la classe moyenne, les autres étaient des petites gens, voire des pauvres. La plupart vivaient de commerce et d’artisanat traditionnel (dinanderie, boulangerie, boucherie, colportage et autres petits métiers).

Au cours des années 1940, des milliers de Juifs syriens ont gagné la Palestine/Israël par voie de terre, essentiellement motivés par le sionisme. Ces immigrants ont perdu la quasi- totalité de leurs biens: en effet leur aliyah était illégale, du fait des restrictions imposées par l’Autorité britannique à l’immigration juive, et les préparatifs devaient se dérouler dans le plus grand secret. Il leur était quasiment impossible d’emporter leurs affaires dans leur nouvelle patrie: comment emporter clandestinement du mobilier, des tapis ou des livres dans l’obscurité de la nuit sur les sentiers de Galilée, tout en s’efforçant d’éviter les patrouilles britanniques? Un Juif décidé à faire l’aliyah pouvait vendre ses biens, en déclarant un autre pays d’émigration, et espérer qu’on ne lui demanderait pas de fournir la preuve de sa destination. Ces transactions se déroulaient dans l’urgence, car les différentes campagnes qui ont permis aux Juifs de s’introduire clandestinement en Palestine s’organisaient souvent au dernier moment: il était donc difficile pour le vendeur de négocier ses marchandises au meilleur prix. Par ailleurs, les olim étaient pour la plupart très pauvres, de sorte que les biens perdus n’étaient pas particulièrement importants ni précieux - même si leur perte n’en constituait pas moins un véritable traumatisme pour leurs propriétaires.

La situation des Juifs de Syrie s’est très sensiblement dégradée avec la création de l’Etat d’Israël. Ils ont pressenti les malheurs qui allaient s’abattre sur eux dès l’adoption par l’Assemblée générale de la résolution partageant la Palestine en deux. Le 1er décembre 1947, un pogrom a éclaté dans la ville d’Alep: de nombreux Juifs ont été blessés, des synagogues brûlées et les maisons mises à sac.

Ce même mois, les attaques ont commencé à prendre un caractère officiel, le rôle actif des autorités syriennes devenant manifeste. Pour commencer, les fonctionnaires juifs ont été frappés par une vague de licenciements. Le 22 décembre, le gouvernement a fait interdiction aux Juifs de vendre des biens mobiliers ou immobiliers. L’intention était claire: tout candidat à l’émigration devait renoncer à ses biens. Mais même ceux qui étaient disposés à abandonner leurs biens se sont trouvés emprisonnés dans les limites du territoire syrien. En janvier 1948, le Ministre de l’intérieur a annoncé que tous les Juifs voulant se rendre au Liban devaient demander une autorisation spéciale - autorisations bien évidemment délivrées au compte-gouttes.

La situation s’aggrave durant les années 1950

En mars 1980, Yitzhak Pesel a rendu compte au responsable de la section aliyah de la situation à Damas: « Par décret administratif, il est interdit de vendre, de modifier l’enregistrement, ou de liquider ou transférer tous les biens immobiliers juifs, terres et immeubles en Syrie appartenant à des Juifs, hypothéqués ou faisant l’objet d’une décision de justice, ou encore comportant confirmation de leur appartenance à des Juifs. Toutes les sommes provenant du remboursement de dettes doivent être déposées dans les banques officielles ; elles sont gelées et ne peuvent être transférées. »

« Toutes les sommes placées en dépôt auprès de l’organisme d’exécution des jugements, pour être versées à des plaignants juifs à la conclusion d’un procès, ont été gelées. Toutes les sommes détenues par le gouvernement et dues à des Juifs, autres qu’indemnités et retraites, sont gelées. Tous les avoirs gelés peuvent être récupérés après règlement des sommes dues à l’administration sous forme de diverses taxes et impôts. »

Si des changements sont intervenus durant ces années, ils ont toujours été dans le sens d’une aggravation de la situation. En janvier 1956, le chef du bureau de l’aliyah à Istanbul, Pesel, écrivait à Shlomo Zalman Shragai, chef de la section aliyah de l’Agence juive, pour l’informer de l’arrivée de dix familles juives syriennes dans la ville turque d’Iskenderun.
Ces Juifs étaient des citoyens iraniens qui vivaient jusque-là en Syrie et qui avaient reçu l’ordre de quitter le pays dans les 24 heures. « Ils ont abandonné tous leurs biens et s’efforcent aujourd’hui de les récupérer, en arguant de leur nationalité étrangère, » écrivait Pesel. « Ils m’ont informé que récemment, tous les papiers d’identité des Juifs avaient été ramassés par les autorités et restitués barrés d’un trait rouge. »

En mars, Pesel a envoyé le rapport suivant : « Les autorités s’apprêtent à rassembler tous les Juifs dans des ghettos, le processus a déjà commencé dans une ville syrienne. La communauté juive et les rabbins ont tiré la sonnette d’alarme et demandé de l’aide pour permettre aux Juifs de quitter le pays - ce qui n’est possible aujourd’hui qu’en payant 500 livres syriennes pour un passeport et 500 livres syriennes pour être dégagé des obligations militaires. Naturellement, rares sont ceux qui sont capables de réunir de telles sommes pour chaque individu ».

Dès octobre, les Juifs ne pouvaient plus obtenir de passeport, avec ou sans argent. Des rumeurs terrifiantes commençaient à se propager au sein de la communauté, les Juifs redoutant une « campagne d’extermination » à leur endroit. Dans la ville de Kamechliye, au Nord du pays, les autorités ont interdit aux Juifs d’aller travailler leurs terres, les privant ainsi de leur seul moyen d’existence. A Damas, les Juifs ont été en butte aux agressions et aux accusations, accusés par exemple de chercher à se procurer des armes et des munitions. « Lorsque quelqu’un réussit à fuir au Liban, des représailles sont exercées contre la famille et les voisins, ce qui interdit toute initiative. »

Le sort de la communauté sous le régime d’Assad

La guerre des Six jours a encore aggravé la situation des Juifs de Syrie - si cela était possible. Le pays était alors gouverné par l’aile extrémiste du parti Ba’th, dirigé par le général Salah Gedid et le Ministre de la défense, Hafez el-Assad (qui prend le contrôle du gouvernement en novembre 1970). En 1970, une brochure du Ministère israélien de l’éducation décrit en ces termes la situation des Juifs syriens :

« Lorsque la guerre des Six jours éclate, nombre de Juifs d’Alep et de Damas sont arrêtés, les autres vivent dans la peur et la détresse. Les Juifs de Kamechliye et d’Alep n’ont plus du tout d’argent... parmi les dispositions rétablies récemment, figure l’interdiction de fournir un téléphone aux Juifs. De même, les permis de conduire ne sont pas renouvelés après expiration, de sorte que très vite, plus aucun Juif ne sera autorisé à conduire.

Leur situation économique est grave. Pour autant que l’on sache, il n’y a pas de Juifs riches parmi eux. C’est une communauté constituée principalement de petits commerçants, qui vit pour l’essentiel de petits métiers et du colportage. Il existe parmi eux quelques artisans, comme des orfèvres, et quelques membres des professions libérales. Mais ces Juifs n’ont pas accès à la fonction publique ou civile. De nombreuses professions leur sont donc fermées.

De plus, les magasins juifs sont boycottés. L’IDF a découvert sur le plateau du Golan des documents qui révèlent l’existence d’un ordre du chef d’Etat-major syrien interdisant à tous les membres de l’armée, de la police et de toutes les autres forces de sécurité, ainsi qu’à leurs familles, de s’approvisionner dans les magasins juifs ou de traiter avec des Juifs. Une liste détaillée des magasins juifs est annexée à cet ordre. La situation économique des Juifs est dramatique dans toute la Syrie, et ces Juifs ont besoin de l’aide de leurs parents aux Etats-Unis. C’est à Alep et à Kamechliye que la situation est la plus grave, les Juifs y meurent littéralement de faim. »

Pourtant, durant les longues années du régime d’Hafez el-Assad, une amélioration légère, lente et progressive a été observée. Au début des années 1970, lorsque ce processus s’est amorcé, plusieurs Juifs individuellement (pas des familles entières) ont reçu l’autorisation de quitter le pays pendant une durée limitée, pour des raisons médicales ou professionnelles. Depuis 1977, de jeunes Juives ont été autorisées à quitter la Syrie pour épouser des membres de leur communauté vivant aux Etats-Unis. Et depuis 1992, tous les Juifs de Syrie sont autorisés à émigrer, à la condition de ne pas se rendre directement en Israël.

Le rabbin Avraham Hamra, qui fut le dernier grand rabbin de Syrie et qui est aujourd’hui à la tête de la communauté syrienne d’Israël, a évoqué le sort des biens juifs : « Les Juifs qui se sont enfuis illégalement de Syrie ont vu leurs biens saisis et placés sous l’administration du Comité syro-palestinien, qui en a toujours la charge aujourd’hui. Le Comité est autorisé à gérer ces biens et encaisser les loyers correspondants, mais il n’a pas le pouvoir de les vendre. Ce dispositif concerne des centaines de biens : la quasi-totalité du quartier juif de Damas, où les Juifs habitaient de belles maisons dans les zones les plus centrales, et les biens personnels dans les villes d’Alep et de Kamechliye ».

Pendant des années, les réfugiés palestiniens ont occupé des maisons appartenant à des Juifs, mais depuis 1992, ces maisons sont fermées et laissées à l’abandon. La minuscule communauté juive qui subsiste en Syrie (70 personnes à Damas et une famille à Kamechliye) contrôle encore vingt-deux synagogues à Damas et trois à Alep. Toutes les synagogues de Damas ont été rénovées à la fin des années 1980, et la Grande synagogue d’Alep est en cours de restauration. Ces travaux sont financés grâce à plusieurs biens communautaires qui ont échappé au contrôle du Comité syro-palestinien et dont le produit continue d’alimenter les caisses de la communauté. « Le registre officiel des biens est très bien conçu », ajoute le rabbin Hamra. « Quiconque était propriétaire d’une maison la retrouvera parfaitement répertoriée aujourd’hui encore. » Lorsqu’un arrangement aura été conclu entre Israël et la Syrie, en admettant qu’il le soit un jour, des milliers d’Israéliens auront droit à l’indemnisation de leurs maisons et des dommages et intérêts considérables.

source : Congrès Juif Mondial et Congrès Juif Européen

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